Faut-il croire le Da Vinci Code ?
Octobre 2005
Gilles Donada, sur la base du sermon du pasteur Nicky Gumbel sur le Code da Vinci
Des millions d’exemplaires vendus en France et dans le monde ! Le Da Vinci Code, publié par les éditions Jean-Claude Lattès, est devenu un incroyable best seller mondial. Retour sur certaines affirmations de ce thriller ésotérique.
Dans un article intitulé « "Da Vinci Code", faux mystères, vrai succès » (du 09.09.04), le quotidien Le Monde résumait la situation : « Dans un roman qui est devenu un énorme succès éditorial, l’Américain Dan Brown raconte que Jésus était l’époux de Marie-Madeleine et l’ancêtre des Mérovingiens. Crimes et complots, jeux et énigmes jalonnent l’intrigue. » Mais ce thriller ésotérique au rythme haletant brouille les pistes en affirmant, par un avertissement de l’auteur, que « toutes les descriptions de monuments, d’œuvres d’art, de documents et de rituels secrets évoqués sont avérées. » Les thèses développées par le roman a semé le trouble chez bon nombre de chrétiens. C’est ce qui a incité le pasteur Nicky Gumbel, l’un des créateurs d’Alpha à Londres, à faire une mise au point lors d’une homélie dominicale. Nous en publions ici des extraits.
Qu’y avait-il dans les manuscrits de la mer Morte et d’Hag Hammadi ?
Ils ont été trouvés à partir de 1947 près de Qumran. Ils contenaient trois types d’écrits : 1- Tous les livres bibliques de l’Ancien testament sauf celui d’Esther. On y trouve, par exemple, la plus ancienne copie du livre d’Isaïe datant d’au moins 1000 ans. 2- Les commentaires bibliques, les psaumes et les cantiques. 3- Des écrits concernant l’organisation la vie de la communauté des Esséniens, qui habitaient Qumran.
Tous les manuscrits sont maintenant publiés et disponibles dans n’importe quelle librairie. Ce ne sont en rien des Evangiles. Il n’y ait fait aucune mention de Jésus, Paul ou Jean-Baptiste. Ils contiennent des renseignements très intéressants sur le contexte du Nouveau Testament. Mais ils n’ont pas de lien direct avec lui : ce ne sont tout simplement pas des écrits chrétiens. Il existe d’ailleurs des écrits chrétiens qui leurs sont bien antérieur.
Les manuscrits d’Hag Hammadi ont été découvert en Haute Egypte par deux paysans dans une jarre. Cette découverte a permis d’approfondir notre connaissance du gnosticisme, un courant aussi difficile à cerner que le New Age aujourd’hui. [Les gnostiques affirment que la création est mauvaise, ils rejettent l’Ancien Testament et l’incarnation du Christ, ils estiment que seuls des initiés peuvent découvrir les vérités cachées sur Dieu, l’homme, le monde. NDLR]
Il n’y a aucun secret sur ce qui a été découvert à Hag Hammadi. Ces écrits sont disponibles dans n’importe quelle librairie. Ce ne sont en rien les Evangiles. Les « évangiles » gnostiques ne sont pas historiques et sont même anti-historiques avec peu de narration ou de sens chronologique. Ils ont été écrits des générations après les faits alors qu’ils se réclament d’une connaissance directe et secrète... Le Da Vinci Code cite en particulier trois de ces « évangiles » comme preuve :
L’Evangile de Thomas C’est une version copte écrite en 400, traduite du grec (probablement écrit en 150). Il est historique dans sa forme, mais est constitué d’une série de paroles incantatoires et de paraboles de Jésus (parabole du semeur, du grain de moutarde, du métayer, de la brebis perdue et de plusieurs paroles du sermon sur la Montagne). Il inclut également d’autres paroles qui montrent des signes de gnosticisme.
L’Evangile de Philippe C’est un autre écrit gnostique trouvé à Hag Hammadi. Il contient quelques épisodes et discours attribués au Christ. Il se peut qu’il ait été écrit à la deuxième moitié du III ème siècle. Cet évangile contient le passage sur lequel le Da Vinci Code s’appuie (page 308) pour suggérer que Jésus « avait pour compagne Marie-Madeleine »
L’Evangile de Marie Il appartient aussi au genre gnostique. Il a été écrit à l’origine en grec au IIème siècle. Le Da Vinci Code en cite également un passage page 310.
A partir de ces écrits, on en a conclu que « selon ces évangiles non modifiés », ce n’est pas à Pierre que le Christ a confié l’Eglise mais à Marie-Madeleine.
Existe-t-il une preuve que Jésus ait été marié à Marie Madeleine ?
Il y a au moins une douzaine de référence à Marie de Magdala (cette ville est située sur la cote ouest de la Mer de Galilée) dans les Evangiles. Même les évangiles gnostiques pris au premier degré ne suggèrent pas qu’il était marié. Ils ne mentionnent pas non plus d’enfant. Il est intéressant de noter qu’alors que le Da Vinci Code suggère que ces évangiles sont antérieurs au Nouveau Testament, l’évangile de Philippe cite des chapitres et des versets du Nouveau Testament (ex 1 Corinthiens 8,1 ; 1 Pierre 4,8 ; Matthieu 15,13). C’est assurément une preuve concluante que l’évangile de Philippe a été écrit après le Nouveau Testament et non avant.
L’empereur Constantin a-t-il falsifié la Bible pour conforter son pouvoir ?
En résumé, il n’est pas exact d’affirmer que « la Bible telle que nous la connaissons aujourd’hui a été assemblée par l’empereur romain païen Constantin le Grand ». L’empereur Constantin n’avait rien à voir avec la mise en place du canon de l’Ecriture. Le Canon était déjà mis en place au IVème siècle. Les Evangiles gnostiques n’ont jamais été parmi les livres estimés comme le canon du début de l’église. Ils ont été écrits un siècle trop tard pour avoir été écrits par les personnes nommées (Thomas, Philippe ou Marie Madeleine). Marcion, le leader gnostique du IIème siècle, n’a pas signalé ces écrits comme faisant partie de son canon de l’Eglise, il a en revanche indiqué les livres qui composent notre Nouveau Testament actuel. Cette preuve déterminante indique que « les évangiles soi disant appelés gnostiques » n’existaient pas à cette époque !
Le Da Vinci Code est un excellent roman qui séduira les amateurs de suspens et de complots multiséculaires. Les amateurs d’information religieuse et biblique seront très déçus : le roman compile les thèses les plus farfelues qui circulent dans les cercles ésotériques. Si l’auteur a cru bon affirmer que tout est vrai, c’est pour mieux piquer au vif la curiosité du lecteur... Et il a manifestement réussi ! Pour aller plus loin sur ce thème, on peut se reporter au sérieux et pédagogique livre de Marie-France Etchegoin et Frédéric Lenoir « Code Da Vinci, l’enquête » (éd. Robert Laffont).
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