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Agence de presse protestante Protestinfo, 12.02.2004,
Pierre Léderrey.
Article repris par 24 Heures et La Liberté (NE) courant
février 2004.
Deux manières très différentes de
parler de Dieu
Portés par les évangéliques, une série
de cours Alpha débuteront dans une vingtaine de communautés
lausannoises. Dont très peu de réformées,
qui auront leur propre formule d'accès à la
foi. Perspectives.
Alpha, première lettre de l'alphabet grec marquant
symboliquement le début de toute chose. C'est aussi
une méthode d'évangélisation par l'amitié et
le témoignage qui fait recette dans le monde entier.
Portée par les milieux évangéliques
en terre romande, la formule devrait faire une entrée
en force dans les paroisses lausannoises l'automne prochain.
C'est en tout cas l'espoir caressé par les organisateurs
de « l'initiative Alphalive Lausanne 04 » : voir
un tiers des 60 communautés du grand Lausanne débuter
ensemble une série de cours à la même
date, le 10 septembre. « Pour l'heure, dix-huit d'entre
elles ont déjà accepté l'aventure »,
se réjouit le responsable d'Alphalive en Suisse romande
Olivier Fleury.
Parmi elles, se trouvera une fois de plus une grande majorité d'évangéliques.
Logique. Depuis 6 ans, Alpha a trouvé preneur dans
115 paroisses, mais seulement 20 d'entre elles sont issues
des ranges catholiques ou réformés. Parmi la
minorité de pasteurs de l'Eglise réformée
vaudoise (EERV) convaincus par cette manière de présenter
l'Evangile, François Rochat : « A Savigny comme
dans des milliers d'autres lieux de culte, Alpha donne la
parole aux gens à travers un contenu qui représente
notre credo à tous. La pédagogie proposée,
autour d'un repas et d'un enseignement partagés, s'avère
foncièrement chrétienne ». Avec lui,
son collègue Jean-Daniel Roquet regrette depuis le
Mont-sur-Lausanne qu'une majorité de ses collègues
n'approuve pas une démarche qui « remet en avant
la confession de foi ».
La crainte du prosélytisme
Les cours Alpha annoncent
en effet la couleur : permettre à un
maximum de distanciés « de recevoir la Bonne
Nouvelle de Jésus-Christ » et le « don
de l'Esprit Saint ». Cette volonté de convertir
les foules est crainte comme la peste par les Eglises officielles,
très soucieuses ne pas se voir taxées de prosélytisme. « Nous
privilégions la recherche individuelle et collective
autour de la Parole, alors qu'Alpha appartient à une
théologie confessante, dogmatique, proclamant l'unicité de
la vérité biblique », souligne à Penthalaz
le pasteur André Perrenoud.
Avec d'autres formateurs d'adultes de l'EERV, il a mis sur
pied le parcours 7+1. Une première série vient
de débuter dans sa région, à Penthaz.
Plusieurs autres se trouvent dans les starting-blocks. Il
s'agit de huit rencontres pendant trois ou quatre mois, centrées
sur le « savoir être et le savoir devenir dans
une démarche qui se veut interactive ». Sachant
que le projet date de l'été 2000, et que la
formule intègre comme Alpha un repas, difficile de
ne pas y voir la réponse du berger à la bergère.
André Perrenoud : « Disons que notre service
de formation éprouvait le besoin de développer
une approche spécifique à l'intention du grand
public, avec un contenu théologique qui nous corresponde ».
D'un côté, donc, les cours Alpha désireux
de « ramener un maximum de la population à Christ
qui changera leur vie ». De l'autre, 7+1, plus intellectuel,
axé sur le développement personnel autour d'une
foi chrétienne en dialogue avec le vécu et
les convictions de chacun. Deux voies très différentes
d'accès à la richesse du christianisme. A chacun
de choisir la sienne.
De Londres au monde entier
Partout hors de Suisse, Alphalive
s'appelle plus sobrement Alpha. L'originalité helvétique
s'explique par un copyright sur une appellation déjà protégée
du côté de Zurich. Inventé il y a 20
ans dans une Eglise anglicane du centre de Londres, les
cours Alpha ont connu une propagation planétaire
depuis 1991, date de parution du livre d'un révérend
nommé Nicky Gumbel. Les chiffres de l'organisation
indiquent que 28'000 communautés chrétiennes
en ont organisé dans quelque 131 pays.
Et de la Norvège à la Nouvelle Zélande,
la formule demeure immuable : Un repas pris en commun, une
brève présentation théorique puis une
discussion au sein de petits groupes. « A chaque fois,
un membre est appelé à inviter une connaissance,
qui reviendra si elle le souhaite », précise
Olivier Fleury. Destiné avant tout aux non croyants,
la méthode doit aussi se comprendre comme un moyen
de resserrer les liens à l'intérieur d'une
communauté.
Chacune des dix soirées est consacrée à une
thème central de la foi chrétienne (le mal,
la prière, Jésus, etc.), exposé de manière
volontairement succincte. Simpliste, estiment les détracteurs.
Chez les catholiques suisses, pourtant, les évêques
ont tout loisir de l'adopter. En France, c'est fait depuis
longtemps puisque c'est dans leurs rangs qui s'est développé le
concept. L'archevêque de Lyon, Philippe Barbarin, en
parle ainsi comme d'une « méthode universelle
d'évangélisation qui résonne comme une
grâce pour l'Eglise », alors qu'un pasteur parisien évoque
une « approche actualisée et décontractée
des Evangiles ». Formateur d'adultes dans la région
lausannoise et créateur des Cafés théologiques,
Jean-Daniel Hostettler, reconnaît pour sa part une
belle « dimension d'accueil » mais fustige « une
approche formatée et très moralisante de la
foi ».
P.Ly / Protestinfo
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